
« Comment faire en sorte que les performances économiques du Bénin se traduisent davantage par des améliorations concrètes dans le quotidien des populations ? »
C’est autour de cette préoccupation majeure que s’est tenue, le mercredi 23 septembre 2026 au Palais de la Marina, la cérémonie de présentation de la réforme consacrée au développement des Pôles territoriaux. La rencontre a réuni autour du Président de la République du Bénin, Monsieur Romuald WADAGNI, le Président de l’Assemblée Nationale, les membres du Conseil Économique et Social, les Préfets, les Maires des 77 communes ainsi que plusieurs membres du Gouvernement.
Présentée comme une nouvelle étape dans la territorialisation de l’action publique, cette réforme entend rapprocher davantage les politiques de développement des réalités vécues par les populations. Elle repose notamment sur six pôles de développement territorial et met l’accent sur trois priorités : la réduction de l’extrême pauvreté, le développement du capital humain et la création de davantage de richesse à la base.
Cette orientation pose cependant une question fondamentale : comment faire en sorte que le potentiel économique d’un territoire devienne réellement une source de revenus, d’emplois et d’opportunités pour les personnes qui y vivent ?
C’est précisément à ce niveau que l’Association pour la Promotion et l’Accompagnement des Jeunes Entrepreneurs (PAJE) souhaite apporter sa contribution.
La croissance économique doit devenir une réalité vécue dans les territoires
Une économie peut afficher de bonnes performances au niveau national sans que chaque citoyen ait immédiatement le sentiment que ces progrès ont transformé son quotidien.
Pour que la performance économique devienne une amélioration concrète des conditions de vie, il faut qu’elle puisse se traduire, au niveau local, par des activités économiques viables, des entreprises qui se développent, des emplois qui se créent, des revenus qui progressent et des opportunités accessibles aux populations.
Le développement territorial ne consiste donc pas uniquement à apporter des infrastructures ou à financer des projets.
Il consiste aussi à permettre aux populations de transformer les ressources, les compétences et les opportunités de leur propre territoire en activités économiques durables.
Le programme gouvernemental lui-même place cette logique au cœur de la nouvelle dynamique d’intervention publique : chaque pôle doit être ancré dans les réalités et les atouts de son territoire, avec notamment la promotion du tissu d’entreprises locales et la valorisation des avantages comparatifs propres à chaque zone.
Il ne suffit pas de financer un entrepreneur : il faut d’abord comprendre son besoin
L’expérience de terrain permet au PAJE de faire un constat simple : le financement n’est pas toujours le premier besoin d’un entrepreneur.
Lorsqu’un jeune entrepreneur affirme avoir besoin de financement, il est nécessaire de poser davantage de questions.
Que produit-il réellement ?
Quel est son marché ?
Quel est son niveau de structuration ?
Dispose-t-il des compétences techniques nécessaires ?
Son modèle économique est-il viable ?
A-t-il besoin d’équipements, de formation, d’un accès au marché, d’une meilleure organisation ou effectivement de financement ?
C’est pourquoi le PAJE considère que le diagnostic doit précéder l’orientation vers le financement.
Dans les séances d’accompagnement individuel conduites auprès de jeunes entrepreneurs, l’application de la méthode ADOSE : Accueil, Diagnostic, Orientation, Suivi et Évaluation permet précisément de dépasser la première expression du besoin pour rechercher le besoin réel de l’entrepreneur.
Cette approche permet de distinguer un besoin de financement d’un besoin de structuration, de formation, de conseil, de stratégie commerciale, d’accès au marché ou d’accompagnement technique.
Du potentiel territorial à l’impact économique local
Pour le PAJE, le développement territorial doit partir d’une question fondamentale :
Qu’est-ce que ce territoire possède et comment permettre à ceux qui y vivent de le valoriser ?
Un territoire agricole doit pouvoir faire émerger des entrepreneurs capables de transformer sa production.
Un territoire disposant d’un potentiel touristique doit pouvoir faire émerger des activités autour de ce potentiel.
Un territoire disposant d’un savoir-faire artisanal doit pouvoir structurer ses artisans, améliorer leurs produits et les connecter aux marchés.
Un territoire disposant de ressources naturelles ou de compétences particulières doit pouvoir transformer ces atouts en activités économiques créatrices de valeur.
Le raisonnement devient alors :
Potentiel du territoire → identification des acteurs → diagnostic → accompagnement → structuration → production → accès au marché → création de revenus et d’emplois → impact local.
C’est cette chaîne que le PAJE souhaite contribuer à renforcer.
Faire de l’accompagnement entrepreneurial un outil du développement territorial
Si l’objectif est que le développement économique soit ressenti jusque dans les villages, les zones rurales, les petites communes et les quartiers urbains, l’accompagnement entrepreneurial doit lui aussi être territorial.
Il ne devrait pas être concentré uniquement dans les grands centres urbains.
Il doit aller vers les jeunes là où ils vivent, là où ils produisent et là où ils identifient leurs propres opportunités.
Le PAJE défend ainsi une approche de proximité : aller vers les entrepreneurs, écouter leurs réalités, diagnostiquer leurs projets, identifier leurs besoins réels et les orienter vers les solutions adaptées.
Cette démarche rejoint l’ambition affichée de la réforme des Pôles territoriaux de rapprocher l’action publique des réalités locales et d’assurer un suivi plus rapproché des populations et des activités économiques dans les territoires.
Le PAJE : une expérience de proximité à amplifier
Depuis plusieurs années, le PAJE développe des activités de formation, de sensibilisation, d’accompagnement, de suivi et d’évaluation au profit des jeunes entrepreneurs et porteurs de projets.
Son intervention s’appuie notamment sur la méthode ADOSE et sur des dispositifs tels que les séances de travail individuelles, les formations, les actions de sensibilisation et l’accompagnement des initiatives entrepreneuriales.
Cette proximité permet au PAJE d’être directement confronté aux réalités des jeunes : leurs ambitions, leurs difficultés, leurs erreurs de structuration, leurs besoins techniques, leurs difficultés d’accès au marché et, parfois, leurs besoins réels de financement.
Le PAJE estime que cette expérience peut aujourd’hui être davantage mise au service de la dynamique de développement territorial.
Une proposition : le Programme d’Accompagnement Entrepreneurial Territorial
Face à cet enjeu, le PAJE entend élaborer et soumettre aux pouvoirs publics une proposition structurée : le Programme d’Accompagnement Entrepreneurial Territorial (PAET).
L’ambition du PAET serait de rapprocher l’accompagnement entrepreneurial des populations, depuis les zones rurales et les villages jusqu’aux centres urbains, en tenant compte des potentialités et des réalités propres à chaque territoire.
Le programme reposerait sur une logique simple :
Aller sur le terrain. Écouter. Diagnostiquer. Structurer. Orienter. Accompagner. Mesurer.
Il ne s’agirait donc pas de proposer le même accompagnement partout.
Chaque territoire devrait faire l’objet d’une compréhension de ses potentialités, de ses filières, de ses acteurs économiques, de ses besoins et de ses contraintes.
L’objectif serait ensuite d’identifier les jeunes et entreprises capables de contribuer à la création de valeur locale et de leur apporter l’accompagnement correspondant réellement à leur situation.
Une démarche qui part de la base
Le PAET aurait vocation à toucher les différentes catégories d’entrepreneurs et de porteurs de projets, notamment ceux qui sont encore éloignés des dispositifs classiques d’accompagnement.
Des zones rurales aux zones urbaines, le programme chercherait à identifier les initiatives existantes, même lorsqu’elles sont encore informelles ou faiblement structurées, afin de comprendre leur potentiel et leurs besoins.
Cette démarche permettrait également de mieux orienter les ressources.
Tous les entrepreneurs n’ont pas besoin du même financement. Tous n’ont pas besoin d’un financement immédiatement. Certains ont besoin d’abord de formation. D’autres ont besoin d’équipements. D’autres encore ont besoin d’accéder au marché, de structurer leur gestion ou d’améliorer leur modèle économique.
Le diagnostic devient alors un outil de bonne allocation des ressources.
Une proposition au Gouvernement : renforcer ceux qui sont déjà sur le terrain
Le PAJE ne présente pas le PAET comme une substitution aux dispositifs publics existants.
Il propose plutôt de mettre son expérience de proximité au service de l’effort national de territorialisation du développement.
Le PAJE estime que si les résultats déjà obtenus à travers ses mécanismes d’accompagnement justifient un renforcement de ses capacités, un partenariat avec les pouvoirs publics pourrait permettre d’aller plus loin.
Cela nécessiterait notamment de renforcer les ressources humaines, de mobiliser des experts et formateurs spécialisés, de développer les outils de diagnostic et de suivi, de disposer de moyens logistiques adaptés et de renforcer les capacités opérationnelles nécessaires aux interventions dans les territoires.
L'objectif serait alors de passer progressivement d’un accompagnement de proximité porté par une organisation à un dispositif territorial capable d’agir à une échelle beaucoup plus large.
Parce que le développement se mesure aussi à la capacité d’un jeune à créer de la valeur là où il vit
Pour le PAJE, la territorialisation du développement économique ne prendra tout son sens que lorsque les populations pourront constater les effets de cette dynamique dans leur propre environnement.
Lorsqu’un jeune agriculteur transforme une production locale et augmente ses revenus.
Lorsqu’une jeune entrepreneure développe son activité et crée des emplois.
Lorsqu’un artisan accède à un nouveau marché.
Lorsqu’une petite entreprise se structure, augmente sa production et embauche.
Lorsqu’un jeune n’est plus obligé de quitter son territoire pour trouver une opportunité économique.
C’est à ce niveau que la croissance devient concrète.
C’est à ce niveau que le potentiel d’un territoire devient une richesse pour ceux qui y vivent.
Le PAJE veut contribuer à cette nouvelle étape
La nouvelle dynamique territoriale ouvre une réflexion importante sur la manière de rapprocher davantage la création de richesse des populations.
Le PAJE souhaite prendre part à cette réflexion en apportant ce qu’il connaît le mieux : le terrain, les jeunes, l’entrepreneuriat et l’accompagnement de proximité.
Le Programme d’Accompagnement Entrepreneurial Territorial (PAET) constituera ainsi une proposition que le PAJE entend approfondir, structurer et soumettre au Gouvernement, avec l’ambition de contribuer à une meilleure transformation des potentialités locales en activités économiques, en revenus, en emplois et en opportunités.
Car, au-delà des indicateurs économiques nationaux, une question demeure essentielle :
Comment faire en sorte que chaque jeune, dans chaque territoire, puisse identifier une opportunité, développer une activité viable et participer lui-même à la création de la richesse de son territoire ?
Pour le PAJE, une partie de la réponse passe par une chose essentielle :