DIRIGEANTS, NE FINANÇONS PLUS SEULEMENT DES PROJETS : INVESTISSONS DANS LA JEUNESSE QUI CRÉERA LES EMPLOIS DE DEMAIN
Il est temps de poser une question qui dépasse les discours habituels sur la jeunesse et l’emploi : que voulons-nous réellement faire de notre jeunesse ?
Depuis plusieurs années, les jeunes sont au cœur des politiques publiques, des programmes d’accompagnement, des projets de développement et des initiatives de financement. On parle d’entrepreneuriat, d’employabilité, de formation professionnelle, d’innovation et d’insertion.
Mais derrière tous ces mots, une réalité demeure : nous ne créerons pas suffisamment d’emplois pour notre jeunesse si nous continuons à considérer chaque jeune uniquement comme un demandeur d’emploi.
La jeunesse doit également être considérée comme une force productive capable de créer des emplois, de développer des entreprises et de transformer les économies locales.
Un jeune porteur de projet n’est pas seulement un bénéficiaire
Lorsqu’un jeune présente un projet, il est souvent analysé sous l’angle du financement dont il a besoin.
Quel est le montant demandé ?
Quel est son apport personnel ?
Quelles sont les garanties disponibles ?
Le projet est-il suffisamment rentable ?
Quels sont les risques ?
Ces questions sont légitimes.
Mais il faut également poser d’autres questions :
Combien d’emplois ce projet peut-il créer ?
Combien de personnes pourront en vivre ?
Quelle valeur ajoutée peut-il générer dans sa communauté ?
Combien d’autres activités économiques peut-il faire naître autour de lui ?
Car un projet entrepreneurial ne représente pas uniquement une demande de financement. Il peut être le point de départ d'une chaîne de création de valeur.
Un jeune qui crée une unité de transformation peut employer des ouvriers, acheter auprès de producteurs agricoles, solliciter des transporteurs, travailler avec des commerçants et générer des revenus pour plusieurs familles.
Le financement d’un seul projet peut donc avoir des effets bien plus larges que le seul développement de son promoteur.
Le véritable enjeu : passer du financement à l'investissement
Nos politiques d’accompagnement doivent progressivement évoluer.
Il ne s’agit plus seulement de se demander : « Combien allons-nous donner aux jeunes ? »
Il faut surtout se demander :
« Combien pouvons-nous investir dans les capacités des jeunes pour qu’ils puissent produire, entreprendre et créer durablement de la valeur ? »
Cette nuance est fondamentale.
Une subvention peut résoudre un problème ponctuel.
Un financement peut permettre de lancer une activité.
Mais la compétence, l’accompagnement, l’accès au marché, la structuration et le financement adapté peuvent permettre à une entreprise de survivre, de grandir et de recruter.
Financer un jeune sans l’accompagner suffisamment peut conduire à l’échec.
Former un jeune sans lui donner accès aux opportunités économiques peut conduire à la frustration.
Accompagner un jeune sans lui permettre d'accéder au financement ou au marché peut limiter considérablement son potentiel.
Il faut donc construire un écosystème.
Dirigeants, regardons la jeunesse autrement
Aux dirigeants politiques, aux responsables des institutions publiques, aux collectivités territoriales, aux institutions financières, aux partenaires techniques et financiers et aux acteurs du secteur privé, je voudrais adresser un message simple :
Ne regardons plus la jeunesse uniquement comme une population à assister. Regardons-la comme une population dans laquelle il faut investir.
Investir dans la jeunesse, ce n’est pas uniquement construire des programmes pour elle.
C’est aussi lui donner les moyens de développer ses compétences.
C’est faciliter l’accès au financement.
C’est créer des mécanismes de garantie adaptés.
C’est faciliter l’accès aux marchés publics et privés.
C’est accompagner la formalisation des entreprises.
C’est développer les infrastructures nécessaires à leur activité.
C’est soutenir l’innovation.
C’est favoriser les partenariats entre grandes entreprises et jeunes entreprises.
C’est surtout accepter de donner aux jeunes une véritable place dans la production de richesse nationale.
Chaque projet peut devenir un centre de création d’emplois
Nous devons changer notre manière d’évaluer les projets de jeunes.
Un projet ne devrait pas être apprécié uniquement selon son budget ou la capacité de son promoteur à rembourser un crédit.
Il devrait également être évalué selon son potentiel économique et social.
Un projet agricole peut créer des emplois dans la production, la transformation et la commercialisation.
Un projet numérique peut créer des emplois directs tout en permettant à d’autres entreprises d’améliorer leur productivité.
Un projet industriel peut générer toute une chaîne de fournisseurs et de sous-traitants.
Un projet dans les services peut répondre à un besoin local tout en créant des emplois qualifiés.
Derrière chaque projet viable peut se trouver une entreprise. Derrière chaque entreprise qui grandit peuvent se trouver plusieurs emplois.
C’est cette logique qu’il faut encourager.
Mais la jeunesse doit également prendre ses responsabilités
S’adresser aux dirigeants ne signifie pas déresponsabiliser les jeunes.
Bien au contraire.
Si nous demandons aux pouvoirs publics et aux investisseurs de faire davantage confiance à la jeunesse, cette jeunesse doit également démontrer qu’elle est prête à assumer cette confiance.
Le jeune entrepreneur doit accepter de se former.
Il doit apprendre à gérer.
Il doit connaître son marché.
Il doit maîtriser ses chiffres.
Il doit respecter ses engagements.
Il doit développer une véritable culture de la responsabilité.
Il doit comprendre qu’entreprendre ne signifie pas simplement avoir une idée ou obtenir un financement.
Entreprendre, c’est transformer une idée en valeur, créer une activité viable et être capable de produire des résultats.
La jeunesse doit donc réclamer des opportunités, mais elle doit également se préparer à les saisir.
Le financement ne doit pas être la fin du parcours
Trop souvent, le financement est présenté comme l’aboutissement d’un projet.
En réalité, le financement devrait être le début d’un parcours d’accompagnement.
Un jeune qui reçoit un financement doit pouvoir bénéficier, selon ses besoins, d’un suivi technique, d’un accompagnement en gestion, d’un appui commercial, d’un accès à l’information, d’un réseau et d’un accompagnement dans la résolution de ses difficultés.
Parce que le véritable objectif n’est pas simplement de financer un projet.
Le véritable objectif est de faire émerger une entreprise capable de survivre, de se développer et, demain, de créer des emplois pour d’autres jeunes.
Investir dans un jeune, c’est investir dans plusieurs générations
Lorsqu’un jeune réussit à créer une entreprise durable, son impact ne s’arrête pas à son propre revenu.
Il peut employer d’autres jeunes.
Il peut former des collaborateurs.
Il peut créer de nouveaux marchés pour des producteurs.
Il peut transmettre son savoir-faire.
Il peut inspirer d’autres entrepreneurs.
Il peut contribuer aux recettes publiques.
Il peut participer au développement de son territoire.
C’est pourquoi l’investissement dans la jeunesse doit être considéré comme un investissement stratégique de long terme, et non comme une simple dépense sociale.
Le temps est venu d’un nouveau pacte avec la jeunesse
Nos dirigeants ont une responsabilité historique.
Il ne s’agit pas de promettre à chaque jeune un emploi public.
Il ne s’agit pas non plus de demander à chaque jeune de devenir entrepreneur.
Il s’agit de construire une économie dans laquelle le jeune qui veut travailler puisse trouver une opportunité, et celui qui veut entreprendre puisse réellement entreprendre.
Une économie où l’emploi salarié, l’entrepreneuriat, l’agriculture, l’industrie, les services, l’innovation et les métiers techniques puissent tous constituer des voies de réussite.
Une économie où le financement ne soit pas réservé à ceux qui disposent déjà de moyens.
Une économie où le mérite, la compétence, la pertinence du projet et la capacité à créer de la valeur puissent réellement ouvrir des portes.
Dirigeants, le moment est venu d’investir autrement
La question n’est donc plus simplement de savoir combien de projets nous pouvons financer.
La véritable question est :
Quelle génération d’entrepreneurs, d’employeurs, d’innovateurs et de producteurs voulons-nous contribuer à faire émerger ?
Si nous voulons répondre durablement à la question de l’emploi des jeunes, nous devons commencer à regarder au-delà du nombre de bénéficiaires de nos programmes.
Nous devons regarder le nombre d’entreprises créées, leur taux de survie, leur croissance, les emplois générés, les revenus distribués et la valeur créée dans l’économie.
Parce qu’une jeunesse qui dépend constamment des opportunités créées par les autres restera vulnérable.
Mais une jeunesse qui dispose des compétences, du capital, des infrastructures, des marchés et de l’environnement nécessaires pour créer ses propres opportunités et celles des autres devient une véritable force de transformation nationale.
Dirigeants, ne finançons plus seulement des projets.
Investissons dans les femmes et les hommes qui portent ces projets.
Investissons dans leurs compétences.
Investissons dans leur capacité à entreprendre.
Investissons dans leur accès au marché.
Investissons dans leur capacité à créer des entreprises durables.
Car derrière le financement d’un projet, il peut y avoir un entrepreneur.
Derrière cet entrepreneur, il peut y avoir une entreprise.
Et derrière cette entreprise, il peut y avoir les emplois de demain.
La jeunesse n’est pas seulement l’avenir de nos nations. Lorsqu’on lui donne les moyens d’agir, elle en devient déjà le moteur.
Par: Pr Sètondji Lévi NAGBO